La vague populiste touche de plus en plus de pays européens et mêle dans un même pot commun, rejet des élites politiques et de la mondialisation et peurs des conséquences sociales de la crise. Le dénominateur commun habituel de ces mouvements nationalistes consiste à recourir à la logique du bouc émissaire et à accuser l’Europe de tous les maux, laquelle serait (c’est hélas, de sinistre mémoire, du déjà vu) responsable au premier chef de la prétendue « l’invasion » de l’étranger. Pour des raisons électoralistes, les gouvernements européens ne sont pas en reste lorsque l’on assiste actuellement aux interminables parties de ping-pong auxquelles se livrent les capitales pour « botter en touche » les problèmes que posent l’immigration et la migration tunisienne.
Il s’agit ici de ne surtout pas contrarier l’électeur et de le conforter dans sa tentation du repli sur soi et de ses frontières. S’il est juste de saluer, même de loin le combat pour la démocratie des peuples arabes, il devient moins compréhensible, voire paradoxal, d’assister à une montée des peurs en Europe , lesquelles à contrario s’estompent à Tunis, au Caire et dans une grande partie des pays arabes. Faute de vrai débat public sur l’immigration, sur nos filets de protection sociale et de notre cadre juridique si riche en garanties pour les droits de la personne, le populisme et la démagogie ont de beaux jours devant eux.
Nous avons besoin d’immigration, c’est un fait ; choisie ou non, la question migratoire est un enjeu considérable pour notre avenir européen et encore une fois, aucun pays ne peut à lui seul régler un dossier de cette dimension. Débattre publiquement sur le thème de la régulation de l’immigration est une obligation démocratique ; et si l’angélisme comme le populisme ne sont pas des réponses dignes de l’esprit des pères fondateurs de l’Europe, nous devons avoir à l’esprit que le « chacun pour soi » et les égoïsmes nationaux actuels portent en germe le ferment de tous les conflits désastreux de l’Europe et risquent à nouveau de nous revenir en pleine figure si nous ne prenons plus en compte les leçons de notre histoire.
Une nouvelle fois, l’Europe a rendez vous avec son histoire et sa communauté de valeurs où la vie d’hommes et de femmes est en jeu et où nous devons d’être clairs et cohérents avec eux et avec nous-mêmes. Investir politiquement et économiquement de l’autre côté de la méditerranée est un devoir et une nécessité. Il s’agit bien de réfléchir collectivement aux modalités et aux priorités d’échange et de coopération dans tous les domaines, y compris ceux de l’expérimentation sociale et de la créativité sociétale dont nous avons tant besoin des deux côtés de la méditerranée.
Auteur : Rémy Degoul, Président fondateur d'Europe Créative (première publication de ce texte le 10 juin 2011)